Il va être grand temps de retrouver l'usage des mots. Ils devraient pouvoir me tenir compagnie durant cette période de confinement.

Notez, cet acharnement du sort... pour que je me dise que c'est un signe et que je renonce, il n'y a qu'un pas à franchir.

Je commençais à amorcer dans ma petite tête, qu'aller voir un psy me ferait peut-être du bien, j'avais même demandé à mon médecin s’il connaissait quelqu'un, que nous voilà restreint dans nos contacts humains.

C'est temporaire, me direz-vous et vous avez raison.

Lundi dernier (enfin, je crois... j'ai du mal à me situer dans le temps maintenant). Lundi dernier, donc, nous nous sommes réunies avec les collègues, pour mettre un place un planning pour la garde des enfants de soignants. Les volontaires ne sont pas si nombreux mais chacun a ses raisons, raisons valables. Je ne juge personne.

J'étais volontaire.

Mardi, texto dans la journée de ma directrice qui m'annonce qu'au final, l'inspection me conseille de rester chez moi. Pour elle c'est un fait acté et nécessaire. Pour moi c'est une profonde injustice.

Après avoir bien obtenu confirmation que mon long arrêt maladie de 2017 avait joué dans cette décision, j'ai sorti ma riposte.

Petit échange avec mon inspection. J'ai bien compris que ma hiérarchie voulait agir pour mon bien. J'ai avancé les articles récents qui montrent que les personnes ayant été traitées pour un cancer ne sont pas plus à risque que le reste de la population. J'ai obtenu gain de cause et j'ai pu récupérer ma place au sein de l'équipe des volontaires.

Une fois cette confirmation obtenue, j'ai informé via wathsapp les collègues. Première réaction : " Je ne te comprends pas. ". Ce en quoi ma réponse fut : "je ne sais que vous dire de plus, à part, que je ne suis pas plus à risque que n'importe qui."

J'irai donc deux après-midis cette semaine à l'école.

Je n'ai pas aimé. Mais pas aimé du tout, cette mise à l'écart. Cette volonté, même bienveillante de vouloir décider pour moi, cette sensation d'être encore punie. Cancer un jour, cancer à vie.

J'ai néanmoins été heureuse de constater au sein de ma petite famille un soutien. Mon mari d'ordinaire si prompt à me dire de me reposer, m'a encouragée et j'ai apprécié.

Je ne sais pas si je fais bien ou mal, je fais ce qu'il me semble nécessaire de faire. J'ai bien conscience que c'est prendre un risque, mais au final, on prend bien plus de risques en allant faire ses courses en grande surface. Et puis c'est une façon aussi de sortir un peu de chez soi, il faut bien l'avouer.

Mes sorties, à part lundi dernier, furent pour aller faire les courses, et hier pour passer chez ma mère, lui préparer une valise de linge propre et la déposer dans le hall de la clinique. Sortie qu'il me faudra renouveler.

Sinon, comme tout le monde, on s'occupe. Au jardin, quand il fait bon, au sous-sol avec la table de ping-pong, en jouant au uno et en préparant la continuité pédagogique. Mine de rien, cela prend du temps. Préparer le travail pour les CE2, préparer le travail pour les CM1, préparer ensuite les corrections.

Je les mets à contribution avec des activités : construire des solides, faire une réalisation pour le printemps, confectionner un gâteau et envoyer la recette. On maintient le lien. Mais néanmoins certains élèves donnent peu de signes. Je crains que les écarts ne se creusent encore davantage.

Chacun fait de son mieux et chacun a conscience qu'il y aura un avant et un après. Nous ne sommes pas encore arrivés au plus fort du combat, mais on tente de regarder au loin pour voir l'autre rive... seule la distance à parcourir pour l'atteindre nous est inconnue.