Parfois, la quiétude s'installe dans un souvenir. Il peut être visuel, auditif ou olfactif.

Mes plus grands souvenirs olfactifs remontent à l'enfance : l'odeur du pain chaud alors que mes grands parents maternels habitaient à côté de la boulangerie, et celle du café au lait en Sardaigne chez mes autres grands parents.

Hier, la maison, s'emplissait d'une douce odeur de tarte aux pommes, tandis que je me délassais dans un bain, ayant laissé la surveillance de la cuisson à mon cher et tendre. Tout à l'heure ce sont des cookies que j'ai faits cuire. Je me dis qu'en rentrant du lycée et du boulot, enfants et mari auront une bonne odeur (qui couvrira celle des légumes du soir).

Je crois que j'avais moi-même besoin de cette douce odeur. J'aurais pu aussi aller prendre un bain. Il n'est pas tard mais il fait déjà nuit et la journée a été grise. Mais, les bains me sont déconseillés en ce moment (et j'ai déjà "triché" ce weekend), alors j'ai préparé des petits biscuits. Et en attendant qu'ils cuisent, j'ai bu un bon thé citron bien chaud. J'ai acquis une capacité à regarder le temps passer. Tant et si bien que parfois, le soir, lorsque mon mari me demande ce que j'ai fait et que je repense à ma journée, je m'interroge sur ces heures contemplatives (rassurez-vous, je fais quand même les courses, le repassage, le ménage, les repas...)

Allez, je vous l'avoue, depuis le début de cette note, je tourne en rond. je pose du "reposant", de la douceur, mais je suis tracassée. Toujours le même sujet de tracas. Et ce n'est pas de moi dont je parle. Car si j'avais à ouvrir une petite parenthèse sur mon "moi" je vous dirais que je vais relativement bien et que je me surprends à ne plus voir le mot cancer en lumière clignotante devant mes yeux. Donc, je vais bien et mon sujet de tracas est tout autre. je sais que certains lectuers sauront. Ma mère est à nouveau pas bien. Des douleurs à la mâchoire, aux cervicales, des nausées, des vertiges... des examens qui ne montrent rien, des médecins qui envoient vers d'autres médecins : ORL, rhumatologue... bref pas la joie. Elle a appelé en début d'après-midi. Douleurs au ventre, angoisse... je sais ce qu'elle attendait de moi. je sais qu'elle voulait que je lui dise que j'allais arriver. Je sais aussi que je n'aurais rien pu faire. J'ai conseillé une boisson chaude et un lit pour se décontracter. Ne me juger pas égoïste. je vais la voir très souvent ces derniers temps : je fais ses courses, je fais le chauffeur pour les rdv médicaux... et je tiens compagnie (au milieu de mes rdv quotidiens de radiothérapie). Mais je ne suis toujours pas médecin. Alors j'essaie d'être là pour elle, mais je me mets en retrait aussi, pour moi, parce que j'ai beau être forte, je suis comme un savon, à trop l'utiliser, il s'amenuise.