Je crois que les mots de ce soir seront bien plus que de simples mots. Un besoin. Presque une thérapie.

Toujours cette idée, qu'écrire et partager, c'est aussi se libérer.

Il y a pourtant ce frein que je mets, ne voulant pas que ce lieu devienne le mur des lamentations.

Comme souvent avec moi, il y a la façade et l'intérieur.

Cela fait plusieurs nuits que je sens monter des pointes d'angoisse en moi. Toujours le même motif. Je sens que ma belle façade se fissure... colmater devient vain. Il en faut peu pour ouvrir quelques brèches.

Il n'est un secret pour personne que ma mère est un de mes sujets majeurs d'inquiétude. Je suis en plein dedans. Après une période où elle semblait remonter la pente, où on commençait à parler d'une sortie de la clinique où elle est depuis mi-mars, son état a à nouveau chuté. C'est impressionnant de voir les effets que la dépression peut avoir sur le corps : tremblement, déséquilibre, perte d'équilibre... comme si son corps entier laissait paraître son mal être. Depuis environ trois semaines, quand je vais la voir, elle pleure. Je tente de rester positive parce que c'est ce qui me permet de tenir aussi. Croire aux jours meilleurs. Mais je l'avoue je doute. La positif attitude ne résoud pas tout.

Mercredi dernier, j'ai rencontré la psy qui la suit. Les traitements ne donnent rien. Elle résiste aux médicaments classiques. Il a été décidé de tenter autre chose. La décision a été très difficile à prendre pour ma mère. Imaginer... il lui est déjà difficile de prendre une décision anodine, alors prendre une décision sur son futur traitement. Encore plus si celui-ci implique une technique assez nouvelle en France et un changement de clinique.
Mercredi prochain elle sera transférée dans une autre clinique (qu'elle connait déjà) pour un traitement dit : TMS ( stimulation transcranienne magnétique). Des séances quotidiennes d'une vingtaine de minutes, je crois, pendant lesquelles le patient reçoit des ondes magnétiques visant des zones du cerveau responsables des dépressions, afin de les stimuler.

Il y a deux ans, on lui avait proposé une thérapie un peu semblable, mais avec un autre système qui envoyait  un "courant électrique" sous anesthésie. Vol au dessus d'un nid de coucou, fait encore son effet, et on s'imagine certaines scènes assez vite. Bref, elle avait refusé.

J'espère qu'elle ira jusqu'au bout de ce nouveau traitement, qui présente bien moins d'effets secondaires et surtout qui ne nécessite pas d'anesthésie. J'aimerai tellement qu'il apporte enfin une solution durable à son état.

Je sais qu'elle a peur, je sais qu'elle n'y croit pas, je sais qu'elle doute de tout et encore plus d'elle. 

Elle craint son futur, se demandant si elle s'en sortira un jour.

Et je me pose moi aussi ces questions, même si je ne le lui dis pas.

Ce matin, à 10h 30, elle m'a appelée. En pleurs comme souvent ces derniers temps. C'était ma pause café . J'ai tenté de la calmer, mais c'est compliqué. En plus il faut dire que dans ces moments là, j'ai beaucoup de mal à comprendre ce qu'elle me dit...

Après avoir raccroché, je me suis rassise à ma place devant mon café froid. Une question d'une collègue a suffit à briser tout ce mur que je bâtis autour de moi : "ça va ? ". Et hop. deux mots et des larmes.

Je le savais? Je le sentais venir, ce moment où les larmes s'échapperaient. Trop bien "résister" ces derniers mois. Ou illusion de résistance.

Je sens qu'il m'en reste encore à verser. Que la brêche entrouverte n'a pas fini d'évacuer ce trop plein de tout ! 

Comment surmonter tout cela, comment tenir encore et encore ????

Cela fait si longtemps que cela dure !

Je me souviens en 2017, lorsque j'ai appris que j'étais malade, et que ma mère était à nouveau hospitalisée depuis plusieurs mois, je lui avais dit qu'elle serait sortie et guérie avant moi ! Douce illusion, à laquelle je croyais pourtant réellement !

Le pire c'est que j'en suis au stade, où je ne saurais même plus donner les dates de ses hospitalisations tant elles ont été nombreuses depuis 2013. Tout fini par se mélanger.

Les mois passés chez elle, finissent par se réduire comme peau de chagrin et c'est encore pire, si l'on comptabilise les semaines où elle va vraiment bien.

Je comprends sa lassitude, sa peur de finir en hopital psy ou dans un état de folie.

Elle me demandait mercredi dernier, ce qu'elle avait bien pu faire pour mériter cela ! Comme si lui ai-je répondu, on méritait d'être malade ! Ah si la maladie ne touchait que les méchants, cela se saurait ! 

Se préserver me dit-on. Se faire aider. Aller voir un psy à mon tour ? Que ferait-il pour moi ? M'écouter ? ouais, la belle affaire !

Bah, je suis injuste et peut-être (sûrement même) totalement réfractaire à cette idée. Même si lors de mes chimios, il m'est arrivé de discuter avec la psy de l'hopital. je n'ai jamais fait le premier pas en ce sens. c'est elle qui est toujours venue vers moi, alertée peut-être dans certains cas par les infirmières inquiètes de mes pleurs.

Voilà, c'est ça qu'il me faudrait une rencontre par hasard avec un psy ! 

Et puis d'abord pourquoi plus un psy, qu'un ami, où n'importe qui capable d'écouter ?

C'est vrai quoi, il n'y a pas que les psy qui savent écouter.

Derrière ces derniers mots, il y a, même si je le cache, un prise de conscience, que non, on ne peut pas tout traverser sans dommage, que le courage ne suffit pas toujours, que jouer à la forte a ses limites. Je pourrais en déballer des trucs à un psy... j'allais commencer une liste, mais quand même il y a du lourd ! (même si il y a toujours pire... petite phrase de positive attitude ! )

Certaines plaies ne se referment pas comme ça... le corps cicatrise plus vite que l'esprit. Il n'y a qu'à voir comment certains mauvais souvenirs reviennent parfois rapidement à l'évocation de mots, aux souvenirs de sensations ou de bruit (ah, le bruit de sonnerie du  téléphone quand personne ne décroche !) Trop souvent vécu. trop souvent entendu !

Oui, il y a du lourd dans ma petite caboche en ce moment, et dans mon coeur.

Voilà, j'ai aligné les mots pour guérir des maux. Une fois de plus.

Rien de bien miraculeux dans cette démarche. Mais c'est sûrement mieux que le silence.

Je me suis parlée à moi-même ce soir, à travers ce blog. Mais puis-je être objective en ce qui me concerne ? 

La nuit m'apaisera peut-être... mais j'ai tellement conscience que les prochaines semaines risquent d'être difficiles.

Ne pas se laisser happer dans une spirale négative. Regarder le beau et la chance que l'on a. Saisir le meilleur pour affronter le pire. voir le bonheur là où il est... mais bon sang ! avoir un peu de répit, pouvoir souffler, pouvoir y croire, se détendre, oublier les pleurs de sa mères, ses angoisses, ne pas penser à tous ces moments de vie qu'elle rate, positiver, positiver, positiver, positiver !

Mais ne pas nier !