Je suis arrivée hier dans le sud, chez mon père, après plus de 800 km de route. Ma fille me tenait compagnie, musique Kpop au rendez-vous, puis lorsque ses écouteurs étaient sur ses oreilles, j'ai pu découvrir le dernier album d'Yves Jamait écouté en boucle. Un peu d'Obispo aussi... alors que je ferais mieux de réviser le dernier Bénabar avant d'aller le voir en concert en novembre prochain.

Sur ma table de chevet , un livre. Un livre conseillé par ma fille et au programme de la première : Incendies de Wajdi Mouawad. J'aime bien quand les livres lus par ma fille finissent sur mon chevet. Ce n'est pas le premier. Je ne l'ai pas encore fini, même si il n'est pas bien épais. Un peu fatiguée ces derniers temps, alors le traditionnel temps de lecture du soir, s'amoindrit au profil de quelques minutes de sommeil en plus. Précieuses minutes.

Je plante le décor.

Je le plante et cela m'évite d'aller directement sur le besoin de m'exprimer de ce soir. Je suis allée voir la grand-mère à sa laison de retraite en fin de journée. C'était ma motivation principale pour prendre la route. Je sais que là aussi les minutes partagées sont précieuses et rares. Je l'avais vue en avril dernier. Je l'avais déjà trouvée changée. Quelques mois agissent différemment selon l'âge. A presque 94 ans, ils sont brutaux. Elle somnolait sur un fauteuil, dans la salle de repos, loin du monsieur qui criait dans son micor le numéro 48 pour le traditionnel loto du lundi qui réunit bon nombre de locataires de la maison de retraite. Elle a maigri ma grand-mère. c'est la première chose que j'ai vue. Ses jambes qui me paraissaient si fines sur ce fauteuil. Son visage est plus mince aussi. Ces derniers problèmes de santé ont laissé des traces. Elle va mieux selon ma soeur. Je veux bien le croire mais les stigmates sont là. Le temps fait son oeuvre. Elle part, plus vite qu'avant, semblant sombrer dans un léger sommeil au milieu d'un conversation, avant de se reconnecter avec nous quelques instants, quelques brefs instants, où je la retrouve presque.

Je ne suis pas dupe, je sais que c'est la vie, que je dois me préparer, que ce sera alors dans l'ordre des choses. Depuis qu'elle est dans cette maisone retraite, je la perds peu à peu. Avant je pouvais la contacter régulièrement au téléphone, mais maintenant, son audition lui joue des tours aussi... ce petit lien de la voix à l'autre bout du fil s'est rompu. C'est comme si, elle s'éloignait peu à peu. Dans un autre monde, dans son monde. De quoi est-il fait ? Y ai-je une place ? Question bien égoÏste en soi.

Je vais savourer ces quelques minutes de contact. Garder en souvenir, la douceur de sa peau quand mes lèvres y déposent un baiser.