Aujourd'hui, je me suis penchée dans mes "archives". Comprenez par là que j'ai tenté de rassembler, les notes écrites sur le blog et dans mes carnets depuis le début de la maladie.

C'est pour le moins étrange de se replonger dans tout cela. J'ai réalisé qu'au début, j'étais vraiment dans le médical. Il me fallait consigner les différents rendez-vous, les hiérarchiser. J'étais très factuelle. Je parle très peu de l'annonce en soit et du "choc". C'est comme si il m'avait fallu beaucoup de temps pour intégrer l'information. Tout a été trop vite,

Je ne parle pas des larmes qui ont coulé dès que le chirurgien a parlé de mammectomie possible lors du premier rdv, je ne parle pas des larmes lorsque l'on a évoqué l'alopécie. Je me souviens de celles de ma fille justement à ce sujet, quand nous sommes revenus d'un de ces premiers rendez-vous et que nous avons évoqué avec eux la perte des cheveux. Ma fille a qui j'ai demandé si elle pouvait être présente avec moi, le jour où je choisirai ma perruque. 

Je n'ai pas dit que les premiers temps, juste après mon rasage de crâne, je mettais un bonnet dès que je percevais le bruit de leurs pas. De la pudeur de ma part certainement mais l'envie de les préserver. Et puis, avec le temps et parce que cela ne semblait pas les gêner, j'ai ôté ce bonnet en leur présence.

Je n'ai pas dit que j'avais apprécié que ma fille, alors que je lui demandais si pour la réunion parent prof, elle préférait que je mette ma perruque ou un bonnet, me réponde : "Fais comme tu veux maman, comme tu te sens bien". Et pourtant j'ai perçu le regard de certains enfants quand nous traversions les couloirs (enfants que je connaissais pour certains). Cela n'a pas dû être si facile pour elle. ça ne l’était pas forcément pour moi.

Je n'ai pas parlé non plus de mon fiston, si mal à l'aise dans la chambre du service de réanimation et qui aura joué avec les gants en plastique pour se détendre, pendant que ma fille goûtait au cordon bleu de l'hôpital et le trouvait bon.

Ils ont été là pour moi, tous les deux, chacun à leur manière, parfois dans le silence, mais bel et bien là.

Je voulais tant les préserver.

Mais au final, cette maladie laissera des traces sur tout le monde. Je crois que nous avons voulu tous être forts, ne pas parler de nos peurs pour ne pas nous inquiéter. 

Je me suis confiée sur mon blog, dans mes carnets, dans les bras de mon mari, Et mes enfants, à qui ont-ils confié leurs peurs ? 

On aura beaucoup plaisanté sur mon crâne chauve, comme pour faire un vilain pied de nez à cette maladie, pour dédramatiser aussi. On plaisante encore d’ailleurs sur ma coiffure  parfois très improbable au réveil.

On aura ri de choses peut-être pas si drôles, mais qu'importe.

Je crois qu’on mesure aujourd’hui les traces laissées par tout cela et que l’on continuera de les mesurer encore longtemps. Jusqu’à ce que les mois et les années passent, alors peut-être enfouira-t-on tout cela dans un petit coin de notre tête en espérant qu’aucun rappel ne se fera.

Tout cela, je le mesure ne sera véritablement possible, que si les tests du 28 juin se révèlent négatifs. Alors on se dira que tout cela n’était qu’un mauvais tour de la vie et on se rendormira sur nos deux oreilles.