Je plonge toujours avec plaisir dans la littérature enfantine. Je m'achète des Claude Ponti, j'adore Pennart...et j'en passe. En ce moment, je travaille avec mes élèves sur le thème de la correspondance. Pour moi, qui aime tant écrire c'est une aubaine... Je découvre donc quelques pépites sur ce thème.

C'est ainsi que j'ai fait l'acquisition d'un livre de Rascal : Je t'écris.  L'album est en fait un receuil de lettres, sans fil conducteur. Des lettres aussi diverses que variées.

Je n'ai pas pu m'empêcher d'adorer celle-ci  :

Salut Annie,

Ce petit mort ( je voulais dire mot), pour te dire qu'il y a peu de chances que nous nous retrouvions à ton retour de Manchester. Lundi, cela fera onze mois que je suis dans cette chambre d'hôpital et je sens que je suis en train de perdre la partie. Mes derniers cheveux sont tombés.

Je sais que je n'aurais jamais vingt ans.

Je me sentais capable de plein de choses. Grandes et petites. Se sachant condamnés par un coeur trop fragile, Boris Vian écrivait des chansons et des poèmes graves et légers. Ses chansons sont sur mon ipod, ainsi que celles de Charles Trenet qui chante si bien la mer et les petits instants. J'espère que ton angliche s'améliore et qu'ils ne t(ont pas empoisonnée à grands coups de jelly ! ( cela ne peut pas être pire qu'ici).

Je sais que tu ne m'oublieras .

De me savoir présente dans quelques beaux coeurs choisis, lorsque le mien s'arrêtera, adoucit ma peine.

I love you.

Géraldine.

 

Peut-être est- ce la référence à Boris Vian qui ne pouvait me laisser indifférente. Peut-être que je l'ai trouvée belle, tout simplement.

Alors pour le plaisir des mots, je vous joins le poème de Boris Vian

 

 

Je voudrais pas crever
Avant d'avoir connu
Les chiens noirs du Mexique
Qui dorment sans rêver
Les singes à cul nu
Dévoreurs de tropiques
Les araignées d'argent
Au nid truffé de bulles
Je voudrais pas crever
Sans savoir si la lune
Sous son faux air de thune
A un coté pointu
Si le soleil est froid
Si les quatre saisons
Ne sont vraiment que quatre
Sans avoir essayé
De porter une robe
Sur les grands boulevards
Sans avoir regardé
Dans un regard d'égout
Sans avoir mis mon zobe
Dans des coinstots bizarres
Je voudrais pas finir
Sans connaître la lèpre
Ou les sept maladies
Qu'on attrape là-bas
Le bon ni le mauvais
Ne me feraient de peine
Si si si je savais
Que j'en aurai l'étrenne
Et il y a z aussi
Tout ce que je connais
Tout ce que j'apprécie
Que je sais qui me plaît
Le fond vert de la mer
Où valsent les brins d'algues
Sur le sable ondulé
L'herbe grillée de juin
La terre qui craquelle
L'odeur des conifères
Et les baisers de celle
Que ceci que cela
La belle que voilà
Mon Ourson, l'Ursula
Je voudrais pas crever
Avant d'avoir usé
Sa bouche avec ma bouche
Son corps avec mes mains
Le reste avec mes yeux
J'en dis pas plus faut bien
Rester révérencieux
Je voudrais pas mourir
Sans qu'on ait inventé
Les roses éternelles
La journée de deux heures
La mer à la montagne
La montagne à la mer
La fin de la douleur
Les journaux en couleur
Tous les enfants contents
Et tant de trucs encore
Qui dorment dans les crânes
Des géniaux ingénieurs
Des jardiniers joviaux
Des soucieux socialistes
Des urbains urbanistes
Et des pensifs penseurs
Tant de choses à voir
A voir et à z-entendre
Tant de temps à attendre
A chercher dans le noir

 

Et moi je vois la fin
Qui grouille et qui s'amène
Avec sa gueule moche
Et qui m'ouvre ses bras
De grenouille bancroche

 

Je voudrais pas crever
Non monsieur non madame
Avant d'avoir tâté
Le goût qui me tourmente
Le goût qu'est le plus fort
Je voudrais pas crever
Avant d'avoir goûté
La saveur de la mort...

 

 

 

Boris Vian